Dynamique Citoyenne s’exprime sur l’actualité nationale et internationnale ce 31 Janvier 2019


Mesdames et Messieurs les journalistes,
Je vous remercie d’avoir une fois de plus répondu à l’appel de Dynamique Citoyenne et d’honorer de votre présence l’invitation au point de presse de ce jour et qui marque le lancement officiel du plan d’action 2019 du Réseau de Suivi Indépendant des Politiques Publiques et des Stratégies de Coopération. Permettez-moi donc de souhaiter une bonne et heureuse année 2019 à chacun de vous et à tous ceux qui vous sont chers.
La rencontre de ce jour a pour objectif de partager avec vous les analyses de notre réseau sur :
 La situation sociopolitique, économique et sécuritaire actuelle du Cameroun,
 Le processus électoral et les élections municipales, législatives voire régionales à venir ;
1. Vous faire part de notre position par rapport à la gestion des libertés au Cameroun en général et la réaction des autorités camerounaises vis-à-vis des militants et leaders du SDF et du MRC en particulier ;
2. Vous ébaucher les principales actions de Dynamique Citoyenne au cours du 1er trimestre 2019.

I. LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE, ECONOMIQUE ET SECURITAIRE DU CAMEROUNDepuis des années déjà, la situation sociopolitique, économique et sécuritaire du Cameroun est de plus en plus préoccupante. Elle se caractérise entre autres par :
1. Une gouvernance condescendante et non consensuelle qui consiste pour le Gouvernement à vouloir résoudre tous les problèmes du pays suivant sa vision unilatérale, par la force et sans concertation ni consultation des partenaires sociaux (Société Civile, Partis politiques, Opérateurs économiques, etc.), encore moins des parties prenantes dans les différents conflits. C’est le cas :
 D’une part avec le scrutin présidentiel controversé du 07 Octobre 2018, organisé dans la controverse du fait du refus par le gouvernement de prendre en compte la revendication légitime de révision du Code électoral, et dont l’issue est à l’origine des mobilisations citoyennes au Cameroun et dans certains pays étrangers organisées par le SDF, le MRC et les compatriotes de la diaspora, avec toutes les conséquences qui en découlent ;
 Et d’autre part avec la crise sociopolitique qui prévaut dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et qui a démarré par des revendications corporatistes de certains enseignants et avocats des deux régions, mais qui, du fait de l’attitude condescendante du gouvernement, a malheureusement ouvert la voie à des groupes extrémistes violents et incontrôlables de part et d’autre, et dont nous subissons aujourd’hui les exactions.

2. La multiplication et la persistance des poches d’insécurité dans plusieurs régions du pays à l’instar de l’Extrême-nord avec les attaques sporadiques du groupe islamique Boko Haram; l’Adamaoua avec la récurrence des prises d’otages et vols de bétail assortis d’exigence de rançons, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest avec les affrontements entre des sécessionnistes et les forces armées républicaines, etc.
3. L’instrumentalisation du budget de l’Etat par l’Exécutif à travers le recours systématique aux ordonnances pour procéder aux ajustements de la loi de finances .

II. LA GESTION DES LIBERTES AU CAMEROUN ET LES EXACTIONS DES AUTORITES CAMEROUNAISES 
Les Camerounais en général et les observateurs avertis de la scène politique camerounaise en particulier observent depuis quelques années, une dérive autoritaire de la part du régime au pouvoir. Celle-ci est perceptible à travers la restriction illégale des libertés (interdiction de se réunir, de s’exprimer, de communiquer et de manifester), la violation des droits des citoyens et la répression vis-à-vis des défenseurs des droits humains et des leaders d’opinion.
Sous le prétexte de la préservation de l’ordre public en effet, la quasi-totalité des libertés conférées aux citoyens par la constitution sont systématiquement violées et bafouées par les membres du gouvernement et des autorités administratives en toute impunité. C’est dans cette logique que toutes les réunions et manifestations publiques organisées en toute légalité aussi bien par les acteurs de la société civile que par les leaders des partis politiques sont systématiquement interdites et les militants réprimés. Parmi les multiples cas qui illustrent à suffisance cette situation, nous pouvons citer :
 L’interdiction opposée pendant plusieurs années à la CSP d’organiser des manifestations parallèles dans son enceinte à Mvog Ada à l’occasion de la célébration du 1er Mai (Fête du Travail) assortie de menaces et arrestations ;
 L’interruption en toute illégalité par le Sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé 2e avec l’appui des responsables régionaux de la police, de la conférence organisée par Dynamique Citoyenne au Palais des Sports de Yaoundé le 15 septembre 2015 à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la Démocratie. Interruption émaillée de violations graves des Droits de l’Homme et l’arrestation arbitraire des membres de notre réseau, de plusieurs autres militants des Droits de l’Homme et des journalistes ;
 L’interdiction et l’interruption d’une rencontre organisée par le MRC dans le cadre de son siège sis à Odza suivies de l’arrestation des responsables de ce parti politique ;
 L’interdiction et la perturbation récentes des manifestations organisées les 23 et 26 Janvier 2019, respectivement par le Social Democratic Front (SDF) et le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) dans plusieurs villes du Cameroun. Lesquelles se sont soldées par des arrestations arbitraires des leaders politiques et des blessures par balles des manifestants. Ceci en violation flagrante des libertés fondamentales reconnues aux Camerounais par la constitution. Toutes choses qui relèvent de l’abus d’autorité qui caractérise la gouvernance actuelle de notre pays. Même s’il convient, en raison de notre patriotisme et notre posture citoyenne, de condamner les violences de tous bords, en référence à celles récemment perpétrées par certains de nos compatriotes qui ont vandalisé les représentations diplomatiques du Cameroun en France et en Allemagne ;
 L’interruption d’une conférence organisée dans son siège sis à Mvog Ada par le Mouvement Onze Millions de citoyens, juste après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 07 Octobre 2018 ;
 L’interpellation de deux journalistes du « Quotidien Le Jour »
Cette dérive a été consolidée avec la promulgation et l’usage pernicieux de la loi N° 2014/028 du 23 décembre 2014 portant répression des actes de terrorisme dite « Loi antiterroriste », selon laquelle une grève de la faim, un sitting ou une simple marche pacifique peuvent être punis de la peine de mort. L’article 2 (1) de la loi en question dispose en effet que « Est puni de la peine de mort, celui qui, à titre personnel, en complicité ou en coaction, commet tout acte ou menace susceptible de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages de ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine culturel dans l’intention de :
a. Intimider la population, de provoquer une situation de terreur ou de contraindre la victime, le gouvernement et/ou une organisation nationale ou internationale, à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque, à adopter ou à renoncer à une position particulière ou à agir selon certains principes ;
b. Perturber le fonctionnement normal des services publics, la prestation de services essentiels aux populations ou de créer une situation de crise au sein des populations ;
c. Créer une insurrection générale dans le pays. »
Comme vous pouvez donc l’observer, l’esprit et la lettre de cette loi liberticide ouvre la porte à toutes les dérives totalitaires. Tenez par exemple :
 Une marche pacifique menée en coaction, peut intimider la population et contraindre le gouvernement à agir et perturber le fonctionnement normal des services publics. C’est donc un acte de terrorisme si on s’en tient à cette loi.
 Une grève de la faim peut occasionner des dommages corporels voire tuer celui qui la mène. En plus, elle se fait dans l’intention de contraindre le gouvernement et/ou une organisation nationale et internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque. C’est donc un acte de terrorisme.
 De même la diffusion d’une nouvelle à même de provoquer l’indignation nationale et donc de créer des manifestations publiques peut être considérée comme un acte ayant pour but de créer une insurrection nationale. C’est donc un acte de terrorisme.

III. LE PROCESSUS ELECTORAL ET LES ELECTIONS MUNICIPALES, LEGISLATIVES VOIRE REGIONALES A VENIR
L’année 2018 était annoncée comme éminemment électorale avec l’organisation à la foulée de la présidentielle, des sénatoriales, législatives, municipales, voire régionales attendues depuis plus d’une vingtaine d’année. Contre toute attente et de façon autoritaire, le Chef de l’Etat décida du report pour 2019 des municipales et des législatives.
Comme vous le savez, le Cameroun est retourné depuis près de deux décennies au système d’élections multipartistes et à ce jour, a organisé plus d’une demi-dizaine d’élections. Au cours des différents scrutins, on a pu faire le constat de nombreux désaccords et parfois des contestations violentes de la part de certains protagonistes du jeu électoral.
Une situation prévisible si l’on s’en tient à la controverse qui avait marqué la session parlementaire prévue pour le vote de la loi N° 2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral. En effet, la sortie d’un grand nombre de députés de l’hémicycle lors de l’adoption de la loi en séance plénière avait non seulement solennellement mis en lumière la désapprobation des élus appartenant à la fois aux partis de l’opposition et à une formation politique alliée au parti majoritaire, mais a également relayé un malaise dans la société camerounaise entière qui a fait le constat d’un énième rendez-vous majeur manqué.
C’est dans cet esprit que notre réseau s’est assigné pour mission de contribuer, au travers du suivi indépendant des politiques publiques, à l’avènement d’un système électoral juste, libre et transparent, en vue de l’émergence d’une classe politique légitime, redevable devant les populations (citoyens). C’est la raison pour laquelle le principal axe de son plan stratégique de 2016 – 2018 a porté sur la gouvernance électorale, en vue de la définition consensuelle des principes et des modalités régissant le choix des dirigeants. Principe cardinal qui tient une place importante dans le contrat social, ce qui n’est pas le cas au Cameroun où le code électoral est loin d’être consensuel.
Cette contribution est matérialisée par un document d’analyse sur le système électoral camerounais actuel, et par un Code électoral alternatif qui ont fait l’objet d’une large diffusion auprès des autorités gouvernementales, les partis politiques et les partenaires internationaux.
Les tenants du régime ayant refusé de prêter une oreille attentive à la revendication légitime et populaire de la révision du Code électoral actuel, Dynamique Citoyenne appelle :
1- Une large coalition constituée non seulement des acteurs de la société civile et des militants des partis politiques, mais également des leaders d’opinion de tous bords, pour faire pression sur le pouvoir en vue de la révision du Code électoral ;
2- Une mobilisation populaire pour en faire un préalable à l’organisation des prochaines échéances électorales ;
3- La mise en place d’un comité technique en charge de ladite révision.
Conclusion – Le débat public – un des fondements de la démocratie
Le débat public constitue un des fondements de toute démocratie digne de ce nom. Un principe universel qu’il faut développer et promouvoir sans restriction. Toute pratique contraire conduit à la dictature, au refus de la contradiction et au règne de la pensée unique. C’est le cas pour le Cameroun actuellement.
En effet, le débat public est à la base de toute démocratie. Il est une des conditions de la reddition des comptes et du contrôle citoyen de l’action publique. Un moteur pacifique du développement qui a besoin, pour être durable, de paix et d’équité. Celui-ci ne saurait donc être possible sans liberté d’expression et sans la garantie de l’existence de contre-pouvoirs démocratiques.
L’absence ou l’instrumentalisation du débat public à travers la censure est généralement utilisée par les régimes autocrates, réfractaires à toute contradiction. Ce qui leur a toujours permis de gouverner plus tranquillement par les intimidations des populations qui finissent par intérioriser la peur, là où le développement a besoin de créativité, de liberté de création et d’appropriation constructive d’un destin commun. Une stratégie qui institutionnalise la pensée unique, laquelle finit par tuer dans l’œuf toute tentation d’esprit critique ou d’intelligence collective.
Ainsi donc, tant que la liberté d’expression nécessaire à toute évolution démocratique n’est pas garantie (en gardant les mêmes ingrédients que sont la censure, la corruption, l’impunité, la dilapidation et le détournement des fonds publics, l’insuffisance de services publics, les lois liberticides, etc.), la citoyenneté ne saurait être effective.
Il ne faut donc pas considérer la situation actuelle du Cameroun matérialisée par les déclarations de nos politiques, comme de simples impairs ou de vulgaires outils de communication internationale, mais clairement comme du cynisme politique pur et dur. C’est la raison pour laquelle tout le monde étant potentiellement suspect, il n’existe pratiquement plus d’espace de liberté.
Pour le Directoire National
Le Point Focal National
BIKOKO Jean Marc

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