Analyse du budget 2017 de l’Etat et recommandations


Le présent document exprime les positions de Dynamique Citoyenne sur l’exécution du budget de l’Etat pour le compte de l’année 2017. Il présente une synthèse des avancées, des problèmes, des principales préoccupations et des perspectives que dessine le budget aux yeux du citoyen. Il fait également des recommandations pour une amélioration des performances de l’Etat en la matière.

1. Avancées

Le suivi du budget de l’Etat en 2017 a laissé entrevoir quelques évolutions positives par rapport aux années antérieures. Tout d’abord, dans les efforts de communication des pouvoirs publics : le Journal des Projets du MINEPAT a en effet été rendu disponible le 1er janvier 2017, et a connu une importante diffusion, à travers le Quotidien Gouvernemental Cameroon Tribune qui en a consacré une édition spéciale et les médias privés. Au fil des mois, d’autres indications ont fait l’objet d’une large diffusion, notamment le taux de réalisation des engagements, l’évolution de la dette, la loi des finances, les circulaires relatives au budget, etc.

Une autre avancée a été le lancement plus rapide du budget, devenu opérationnel dès mi-janvier comme nous l’avons constaté, quoique de manière très timide. Il s’agit là, à n’en point douter, d’une véritable rupture avec les vieilles pratiques qui avaient cours jusque-là et où le budget n’était réellement entamé qu’en fin Mars, voire début Avril. Ce qui réduisait l’année budgétaire réelle à 7 mois. Une telle évolution est appréciable puisqu’elle permet de lancer et de réaliser les marchés à temps tout en régulant les sollicitations de la trésorerie de l’Etat. Un autre point porte sur l’effort de participation dans la gestion du budget. En début d’année, les responsables centraux organisent des séances sur tout le territoire national pour présenter les orientations de l’exécution dudit budget aux différents ordonnateurs, aux responsables de programmes, aux maîtres d’ouvrage, aux contrôleurs financiers, aux comptables publics et aux partenaires publics et privés.

Ces améliorations que nous saluons à juste titre ne peuvent cependant masquer d’importantes carences qui se poursuivent. Il n’existe pas encore un débat d’orientation budgétaire, dans lequel la communauté nationale comprendrait davantage les choix techniques du Gouvernement. La confection des projets reste confinée dans les Ministères, sans une véritable concertation avec la société civile, ni les populations. Le Parlement n’a pas lui-même le temps de se pencher véritablement sur ce volumineux dossier, et ce d’autant plus que le budget ne s’accompagne pas, comme dans certains pays, d’une évaluation ex ante de ses impacts en termes d’emplois, de croissance, d’équilibre extérieur et d’amélioration du panier de la ménagère.

Les populations subissent alors les projets comme des sortes de gratifications et non le fruit d’une élaboration sérieuse, assise sur les compétences nationales qui sont nombreuses et reconnues.

Sur le plan des réalisations, le sondage effectué par Dynamique Citoyenne dans le secteur de l’hydraulique donne des résultats très contrastés. Par exemple, alors que les points d’eau prévus pour l’Adamaoua ont tous été réalisés et restent fonctionnels, il n’en est pas de même du Sudouest, où peu d’installations prévues ont été réalisées et certaines abandonnées.

Sur le plan social, le budget 2017 a affiché d’importantes préoccupations dans sa structuration. Bien que les allocations budgétaires de l’éducation et la santé soient toujours les plus élévées, les défis demeurent si importants que lesdites allocations ne suffisent pas à satisfaire les besoins et attentes des populations. En outre, les logiques politiques qu’on retrouve dans certaines approches d’inscription budgétaire des projets se dispersent dans des opérations controversées, à l’instar du don des portables aux étudiants, particulièrement critiqué par la société civile, aussi bien dans son contenu que dans sa forme.

Surtout lorsque des préoccupations sociales très douloureuses sont en suspens, comme les plaintes récurrentes des anciens employés des entreprises publiques dont certaines datent de plus de 30 ans et n’ont jamais trouvé solutions. Il est à peine croyable qu’en dépit de multiples manifestations auprès des services du Premier Ministère ou au Ministère des Finances, la seule réponse que le Gouvernement ait trouvée à ce vieux problème social soit la brutalité et les fausses promesses. Comment peut-on alors penser que le budget se préoccupe des Camerounais lorsqu’il n’arrive pas à résoudre un problème aussi récurrent et qui dégrade l’ambiance sociale ?

Sur le plan du soutien à la production, les observations montrent bien une action du Gouvernement vers le système productif, mais on n’en saisit pas très bien la logique sousjacente. D’un côté, le Cameroun a financé des projets tels que les usines d’abattoir de poulet à Bafang, l’usine des tracteurs, l’usine d’ananas de Lowe, etc. Mais personne ne peut témoigner de l’existence d’une structure qui fonctionne à la suite des financements de ces opérations. Pourquoi y a-t-il autant d’échecs et de dilapidation de ressources ? Est-ce parce que ces projets sont mal conçus ? Est-ce du fait des gestionnaires, ou l’influence des lobbies politiques ? Qui en est responsable à la fin ?

Ces points demandent à être éclaircis et des mesures prises, car il est inacceptable que des sommes sensées concourir au renforcement du système productif soient dilapidées en pure perte, sans la moindre incidence, comme si ces activités n’étaient que des gouffres à argent, alors qu’elles ont été conçues pour mener des opérations avec plus d’efficacité.

Sur un tout autre plan, le Gouvernement a instauré une démarche de subvention aux entreprises privées, en leur attribuant de l’argent public sans publicité et sans contreparties pertinentes et vérifiables par le public ; ce qui suscite des légitimes interrogations. Comment peut-on remettre des ressources publiques à des individus sans que cela soit justifié par des mobiles suffisants

aux yeux de la communauté nationale qui doit en être informée, et même qu’on ne puisse en apprécier publiquement ni les montants, ni l’intérêt macroéconomique, ni l’équité et la légalité qui accompagnent nécessairement ce genre de transferts moralement risqués?

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